Bilan de la section Patagonia
*Une chaussette est qualifiée de consommée lorsqu'elle a été imbibée d'essence pour dégraisser la chaîne du vélo puis laissée à demi-morte sur le bord de la route. **Les contacts valides ont été dénombrés lorsque la semelle d'une chaussure auto a atteint avec succès le museau d'un chien enragé courant derrière un mollet en action. Etat des troupes après 3 semaines
Tout en écrivant notre blog, on vous passe le grand bonjour d'un cyber-café Le Lago General Carrera et la Carretera Austral50 km de folie, le plus vite pour sortir de la pampa, la première crevaison et nous voilà au poste frontière à Chile Chico, pour retrouver le Chili et espérer être à l’abri du vent dans les montagnes, près du Lago « Buenos Aires » ou du Lago « General Carrera » suivant que l’on supporte le Chili ou l’Argentine. C’est sans doute la première fois que l’on doit enchaîner autant de piste, d’abord une section de 120 km pour rejoindre la fameuse Carretera Austral, la numéro 7, et enchaîner 250 km jusqu’à Coihaique. Ce lac est énorme, c’est le second d’Amérique du Sud après…le Titicaca.
Pourtant, malgré une autonomie solide, sur la première partie la piste a eu raison de nous. Un vent atroce, une piste impraticable pour nos vélos, après 30km passés à marcher la seule solution a été un fermier du village voisin (à 80km), qui nous a pris au milieu des bottes de foin, a tout défoncé question moyenne horaire et pilotage pour nous offrir un beau tour gratuit et nous permettre de se sortir d’affaire. L’accueil de deux amis français (Coraline et Jean-Benoît) en stage d’écotourisme dans le village de Puerto Rio Tranquilo a été formidable et l’occasion de connaître de l’intérieur la Valle Exploradores et d’apercevoir le Co. San Valentin (4058m), le point culminant des Campo de Hielo Norte, ce qui est loin d’être fréquent car le sommet n'est dégagé que quelques jours par an. Que trouve-t-on dans cette vallée? Juste un lieu inviolé, le début d’un tourisme semble-t-il maîtrisé, un Allemand qui a tout vendu a Berlin pour acheter une parcelle, ouvrir une auberge et griller son bout de mouton, et des saumons du Pacifique de 20kg, entre autres.
Vue sur une langue des Campo de Hielo Norte et sur le San Valentin (depuis la Valle Exploradores) La Carretera Austral, c’est donc une piste qui traverse une Patagonie désormais beaucoup plus boisée avec des sections qui commencent à devenir très agréables à rouler, et l’occasion de franchir notre premier col, le Portozuelo Ibañez (1200m) et de constater que la phase « d’échauffement » en Patagonie est désormais derrière nous!
Montée vers le Portozuelo Ibañez La PampaC’est un nom finalement assez mythique, on s’imagine ces grandes plaines d’Argentine où l’on mange des grands steaks et où l’on peut enchaîner 150 km par jour. Eh bien non, les steaks n’existent pas encore à ces latitudes, mais surtout la pampa ça pue. Pas besoin de boussole ici, le vent est toujours au Nord Ouest c'est-à-dire vers l’objectif fatalement avoué. On en a marre, la route est pourrie, on dort d’un œil à l’affût d’une accalmie et on est obligés de sortir à la frontale au petit matin en se félicitant d’avoir pu avancer d’une cinquantaine de kilomètres et à l’abri des mirages de reliefs ou d’arbres que l’on rencontre dans la journée, alors la pampa d’Argentine c’est le désert et on se barre d’ici.
Notre dernier bivouac en pampa, une bonne loose à l'abri d'une installation électrique Les Torres del Paine
Un ciel menaçant domine les Torres del Paine L’arrivée à Puerto Natales fut une sorte de soulagement. Loin d’arriver à gérer en simultané le début d’un gros appêtit, les nécessités d’un repos, d’un ravitaillement et la communication vers l’extérieur, la préparation du prochain raid en autonomie s’est terminée dans la précipitation d’une nuit quasi blanche. Mais le problème, l’ennemi est surtout le vent et la moindre rafale nous donne l’inquiétude d’une nouvelle bourrasque. Les Torres del Paine, ses grands glaciers à l’infini qui se jettent dans des immenses lacs à 100m d’altitude seulement, ses murs d’escalade et son climat unique, c’est pourtant quelque chose qui est loin d’être gratuit. L’entrée est à 15000 pesos, sois 25 euros. Une façon assez radicale de sélectionner le mode de tourisme dans le parc, et on s’en doutait : des tours opérateurs à 80 euros la tournée, des restaurants et hôtels de haute montagne, des bus et encore des voitures, mais pas les formes de tourisme qu’on attendait dans un parc nacional pour contempler cette belle dame nature. En fait tout se paie dans ce parc, tout est hors de prix, tout se réserve, alors on a d’abord décidé sur les conseils des habitants de passer par un endroit tout à fait sauvage et d’entrer dans le parc par la petite porte.
Une langue du Campo de Hielo sur le lac Grey Le départ a donc été effectué à 5h du matin, à la frontale, pour essayer d’éviter le vent et surtout passer le poste de garde de la Cueva del Milodón avant que les gardes ne se lèvent. La première section de piste de graviers de l’aventure a été attaquée à ce moment, et cela devient un tout autre pilotage et, accessoirement, une toute autre moyenne horaire. Au moins il n’y a pas de vent, les vues sur le parc sont absolument extraordinaires et nous seront seuls, déséspérément seuls sur les 75 km du premier jour. Les deux jours suivants, avec le vent dans le dos et sur des pistes un peu défoncées nous ont permis de traverser le parc et d’en sortir les yeux pleins d’images d’animaux sauvages dont le “Guanaco”, une espèce proche du lama, et surtout de fabuleux condor des Andes. Ce parc est extraordinaire et la vue sur les Campo de Hielo Sur, les plus grands glaciers du monde (superficie immense, épaisseurs de glace impressionnantes parfois de plus d’un km), ses icebergs et chutes de glace, est impressionnante. Alors les meeecs, même si on s’est encore fait bien défoncer par le vent, même si on est revenu les cheveux raides de poussière et s’il est impossible de se laver en Patagonie, même si la pêche à la truite est pour l’instant un constat d’échec, on est reparti dans la pampa après ces 4 jours d’autonomie avec un bon pincement au coeur. A nous l’Argentine désormais... Petit matin sur notre bivouac de retour dans la pampa Bivouac en Terre de Feu
Départ de Punta Arenas Le paysage est simple, l'ambiance est maritime. A perte de vue pas un arbre ne vient troubler la monotonie des prairies d'élevage extensif, où les clôtures viennent quadriller des portions de terre vallonnée. Il y a ces couleurs pastel un peu passées; il y a ces gens, peu nombreux, qui vivent cette terre hostile et parfois nous invitent à s’abriter pour la nuit dans un vieux bâtiment. Mais dans cette région du monde c’est le ciel qui impose son ambiance. Un ciel capricieux où le soleil toujours à l’oblique joue avec les nuages bas pour dessiner un grand puzzle lumineux sur la terre. Une pluie battante arrive même par grand soleil, et l’odeur d’iode nous rappelle que même si l’on est sur Terre c’est un ciel de marin que nous avons au dessus de nous.
Paysage de Pampa
Ciel de Terre de Feu Le tableau est loin d’être terminé mais il y manque l’élément le plus important: l’élément qui balade ces nuages juste sur nos têtes, l’élément qui fait que les courtes pluies nous battent violemment jusqu’au fond du conduit auditif de l’oreille gauche; l’élément qui nous force à pédaler avec une inclinaison de 20 degrés par rapport au sol. Le vent. On aura pu dire beaucoup sur Lui, on aura pu s’imaginer combien de kilomètres on aurait fait sans lui mais on préfèrera lui rendre un hommage en reconnaissance d’un service qu’il nous a rendu. Grâce à lui nous n’avons pas eu besoin d’utiliser notre antivol pour assurer nos vélos, il n’y a peut être pas beaucoup de voleurs ici mais ils n’auraient pas l’idée de nous voler des objets aussi inutiles ici. Avec ce vent en permanence les habitants savent qu’un vélo n’est d’aucune utilité pour se déplacer en Terre de Feu. Cette première étape entre Punta Arenas et Puerto Natales aurait du faire partie de notre période d'échauffement, pourtant pédaler contre le vent patagon est presque aussi difficile physiquement que de grimper un col et beaucoup plus pénible nerveusement. Nous avons donc attaqué dans la difficulté et les quelques bivouacs que nous avons fait en Terre de Feu nous ont clairement donné le sentiment que l'Aventurina a bel et bien commencé.
Premier bivouac en Terre de Feu à l'abri d'un bosquet inattendu |
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