Dernier hommage à l'Argentine : l'art de vivre au volantNous dédicaçons ce modeste article à tous les Argentins qui nous ont accueillis, nous ont donné des informations (parfois correctes) lorsque nous étions perdus et surtout nous souhaitons remercier tous les Argentins qui nous ont klaxonnés en nous doublant pour nous remonter le moral.
Qu'ils aient été au volant d'une ancienne voiture de sport, pilote d'une de ces puissantes voitures du désert ou bien en famille assis derrière le pare-brise d'un impressionnant pick-up, tous ont poussé des cris en doublant les deux cyclistes portant le drapeau argentin. Nous rapportons ici les interviews que nous avons réalisées sur un échantillon représentatif de la population afin de partager une certaine vision de la route.
Rapport d'expédition au paso San FranciscoNous avons retrouvé leur trace et c'est presque si l'absence de contact avec la civilisation lors des 8 derniers jours leur avait fait perdre la parole. Pourtant, ils ont accepté de se confier à nous et d'ouvrir quelques pages de leur carnet d'expédition, reconnaissant volontiers que c'est l'expédition la plus difficile qu'ils aient réalisée jusqu'à présent.
Joie de la victoire malgré l'épuisement total, comme ici au refuge du Paso San Francisco (4730m) Le 06 avril 2007 (45km, 362m+, 75m-) Après avoir terminé les formalités préliminaires de préparation d'expédition nous prenons la route vers une barre de montagnes impressionnante. Nous avons bien trouvé les feuilles de coca ainsi que la nourriture de base mais le guichet automatique de la banque étant hors service nous devons prendre la route sans le sou et espérer Fiambalá (1500m). Pour reposer des cuisses bien tendues de Sierra, l'étape du jour ne fera qu'une cinquantaine de km de faux-plat montant. Moment de stress en arrivant à destination, le distributeur de richesses est lui aussi fermé. Pas d'argent et pas de supermarché acceptant les CB à cette heure d'un jour férié, nous n'avons que la moitié de nos vivres d'expédition... Pour gérer notre argent raisonnablement nous marchandons un aller simple pour les thermes de Fiambalá, l'entrée payée, il nous reste 2 pesos en poche et aucun moyen clair de retour à la ville. Les eaux sortant de la roche à 50 degrés nous procurent une sensation de repos qui sera sûrement un atout pour les jours à venir. Le 07/04 (60km, 1407m+, 108m-) Alors que nous devions partir à 7h00 pour éviter le vent terrible dans l'ascension des premiers 20 km, le réveil sonne à 9h. Par chance le seul commerce de la ville qui accepte les CB est ouvert et nous avons enfin le plaisir de charger nos montures de quelques kg de pâtes, boîtes de sardines, biscuits et boissons énergétiques. Grâce à une gestion parfaite de notre temps et après un autre dernier-repas à la gargote du coin nous partons en pleine chaleur à l'heure idéale de 14h. Une ascension lente mais rythmée nous permet d'atteindre l'altitude de notre contrat (2800m) à 18h30 pour entamer la première nuit à la belle étoile entre trois murs des vestiges d'un refuge délabré. Jusqu'ici, tout va bien. Le 08/04 (80km, 879m+, 150m-) Départ matinal et bonnes sensations tant que le vent n'est pas là. Après 40km nous arrêtons les bêtes pour les abreuver d'une eau claire et pourtant pleine d'arsenic ; nous tentons une dernière fois de taquiner les truites qui décidément n'aiment pas nos cuillers. Chargés de nos 10 litres d'eau nous avançons dans les douleurs des premiers symptômes de l'altitude sous le regard étonné des vigognes qui ont vraiment la caisse. Manu en défaillance forcera l'équipe à un arrêt précoce dans un refuge à 3600m d'altitude, froide nuit de migraine.
Les premiers effets de l'altitude, sous cette lumière écrasante Le 09/04 (45km, 550m+, 200m-) Les vigognes avaient un duvet -15 degrés, Manu n'en avait pas, le départ dans le froid matinal sera violent. Roulant lentement, les kilomètres défilent et l'altitude augmente dangereusement jusqu'à atteindre la barre mythique des 4000m, coup de barre, justement, pour finir les 10 derniers km contre un vent insupportable qui vient de se lever. Nous arrivons au refuge payant de Las Grutas ; avec 2 pesos en poche, seule l'hospitalité de Ricardo Guillermo Gomez et son acolyte Oscar nous sauvera d'une nuit atroce passée dehors par -15 degrés. Nous calmerons notre migraine en buvant du maté tout en écoutant un vieux rock des Creedence.
Un dernier hommage à ces Argentins fantastiques en présence de Ricardo "El Indio" au poste frontière de La Gruta (4000m) Le 10/04 (21km, 792m+, 116m-) C'est la date butoir, nous nous étions promis de passer le col avant le 10. À 7h avec beaucoup de bonne volonté nous tentons un premier assaut. Par un tout petit -10 degrés et contre un vent vraiment fou les deux Manus se feront remballer après seulement 700m de lutte. Retour à l'atelier couture et prise du maté avec notre ami Ricardo.
Temps inquiétant aux abords du col sur le versant argentin Le vent a très légèrement diminué, il faut essayer de grimper. Les premières minutes du deuxième assaut seront très difficiles, les suivantes seront pires. Contre un vent insupportable, nous tentons d'avaler les rares molécules d'oxygène ; petit à petit, entre les indispensables pauses pour reprendre notre souffle, l'altimètre nous accorde un petit supplément. Pédaler, appuyer, respirer, regarder le paysage ? Voilà, l'ascension fût longue (20 km) mais le col est en vue, quelques secondes pour profiter de la victoire et le froid nous emmène tout droit dans nos duvets où un petit appétit nous laissera seulement avaler un thé de coca avant une nuit, quelque part, là haut.
Arrivée tardive dans les dernières pentes du Paso San Francisco
Par -15 °C la nuit, il valait mieux se renseigner sur la localisation des refuges comme ici au passage du col-frontière (4730m) L'épisode de la Sierra Argentina se termine dans un sommeil léger, demain sera un autre jour, une autre épreuve attend les valeureux aventuriers qui ont décidé de frotter leurs pneus aux pistes du désert d'Atacama ... Bilan de la section Sierra Argentina
*Une chaussette est qualifiée de consommée lorsque les trous représentent plus de surface que la chaussette elle-même. **Un contact avec un chien ? Se faire éventrer des sacs de nourriture pendant la nuit, devoir lancer des pierres sur l'animal, certes attachant, qui s'obstine à nous suivre même dans l'ascension d'un col, retrouver la popotte à 200m du bivouac un matin... A venir...la traversée des Andes par le Paso San Francisco (4748m)Toute cette fin de semaine (Patrick) a été animée par la rencontre de deux Français en expédition vélo qui paraissaient particulièrement excités par leur objectif de ces prochains jours. C'est en parlant avec eux que nous avons vraiment compris ce que signifiait le concept d'expédition. Récit d'un reportage auquel nous ne nous attendions pas. On les a d'abord vus un couteau à la main, découpant méticuleusement une carte de l'Argentine sur un banc public. Intrigués par leur comportement, nous engageons la conversation : "Pas question de prendre du poids pour rien", nous affirment-ils immédiatement. "Cette carte sera notre seule alliée", nous confie peu après un des ces deux Manus. Cherchons des explications. Les deux Manus ont décidé de se lancer dans une expédition d'une semaine dont l'objectif principal est l'assaut du Paso San Francisco, à 4748 mètres d'altitude. Pour supporter ces altitudes et l'effort physique, ils ont poussé le concept d'équipement léger à l'extrême, et jeté absolument tout ce qui pourrait toucher à une lointaine forme de confort ou de romantisme. Ils ont préparé leur plan d'attaque mais ont buté sur une incohérence incroyable d'informations galvaudées entre gendarmerie, office du tourisme, magasin de vélo, géologue ou épicier du coin. Il ne font donc confiance à personne, ne comptant ni sur l'assistance d'un trafic inexistant, ni sur ces troubles indications, leur carte et leur confiance infaillible en leurs montures seront leurs seuls alliées. Cependant, nous avons essayé tant bien que mal de faire une synthèse de toutes ces informations pour les aider dans cette confusion et vous présenter un profil du raid.
Jour 1 : montée légère sur 53 km vers le village de Fiambala (1500m), ultime repos des chaînes musculaires dans les eaux thermales. Achat des vivres de course, en vue des 6 prochains jours. Jour 2 : sortie matinale pour éviter le vent, en remontant une rivière et surtout les courbes de niveau. Arrivée à l'atitude 3600 après 100km, pour un ultime bivouac confortable dans une maison abandonnée en présence de truites. Jour 3 : jet de la canne à pêche et approvisionnement en eau. Il y a toujours une rivière, mais celle-ci contient des teneurs en arsenic qu'il est recommandé d'éviter. Arrivée au poste de gendarmerie de La Gruta (4200m) après 80km, pour les formalités de passage de frontière vers le Chili et l'approvisionnement en eau.
Jour 5 : piste toujours et enchaînement de 3 cols à plus de 4000m sur les bords de l'altiplano et du désert d'Atacama jusqu'au poste de frontière chilien. Jour 6 : utlime étape de piste sur 102km, au milieu des salars pour rallier "à tout prix" Potrerillos, se ravitailler, enfin sous la barre des 3500 mètres. Jour bonus : en cas de mal des montagnes ou de tempête de neige Récit en images la semaine prochaine, dans le prochain Choc. Nouveaux recordsRetour au sérieux, le premier avril passé, nous avons revendu la fiat 1500 et par chance nous avons pu racheter nos montures, tout va bien. Au lieu de partir danser le tango à Buenos Aires nous avons attaqué la traversée de la Sierra del Tigre ; cette période de retour à l'effort a été l'occasion de réaliser quelques records personnels au cours de nos étapes :
Voilà nos cuisses sont en forme alors à bientôt pour le passage entre des étapes de montagne et de très haute montagne... Changement de programme
Voilà, tout compte fait, tout bien réfléchi, en fin de compte, quoiqu'il en soit la décision a été prise dans la douleur des dernières courbatures du dernier assaut du paso El Colorado. Nous redecendions penaud. C'est celà, nous arrêtons les folies d'un grand coup de frein à disque. Ne soyons pas truites pour autant, tout change, n'est-ce pas, et le programme de l'Aventurina, lui aussi, est soumis à changement, pourtant tout ne s'arrête pas là. Notre fiat 1500, acquise pour seulement 10.000 pesos Nous partons maintenant sur les routes de la pampa argentine, direction Buenos Aires pour aller y apprendre à danser le tango ; et sur la route n'oubliez pas de vous arrêter pour taquiner une petite truite de temps en temps...
truite Brève : État des troupes après 2 mois de course
Regard vide et sourire forcé, une petite sieste s'impose au bord de la route qui mène au paso El Colorado La route des vins de Mendoza à San Juan
La bodega "Las Guardas", à San Juan
Et pour finir... Blanc sur rouge, rien ne bouge; rouge sur blanc, tout fout le camp. Brève : arrivée mouvementée à MendozaLes dernières sections de pampa de l'aventurina ont été avalées dans la difficulté. De nombreux automobilistes ont la sale manie de doubler même lorsque nous nous retrouvons face à eux, comme ce fut le cas pour une voiture de police. Le résultat : une insulte à agents des forces de l'ordre dans l'exercice de leurs fonctions. A venir : La route des vins de Mendoza
La route des vins de Mendoza, pour fêter les 2500 km
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