Botaniquement et bestialement vôtre

En Amazonie l'observation du monde animal et végétal n'est perturbée que le temps d'une brève seconde, sans doute une de trop, pour écraser d'une main ferme le moustique ou l'insecte dérangeant qui vient profiter de la peau encore vierge de l'étranger. Il ne faut jamais relâcher l'attention car le danger est permanent et multiple : rencontre avec un animal dangereux (insecte, serpent, jaguar...), rencontre avec un Indien non contacté, infection d'une plaie pourtant bénigne, perte de notre trace au risque de suivre la Yoda, cette déesse amazonienne si séduisante que selon les dires elle invite les jeunes hommes à la suivre pour les perdre à jamais dans la forêt... Mais avant tout, les sens sont toujours à l'affût pour ne pas manquer l'occasion de se désaltérer d'un fruit ou de l'essence d'une plante, d'écouter le chant d'un oiseau mimant celui d'une goutte d'eau ou le rire d'un singe voltigeant dans cette canopée inaccessible qui interdit tout sens de l'orientation. Voici donc, dans la mesure des photos disponibles, un inventaire des animaux, des plantes remarquables et même de toutes les sales bestioles que nous avons rencontrés.

Achiote

Etrangleur

Sana-sana

Sigueme-sigueme

Plante utilisée pour soulager l'accouchement

Izula

Paca



Sancho

Singe noir

Trace de Jaguar

Un des intérêts de voyager avec notre guide Santos est d'abord d'apprendre à reconnaître un certain nombre de plantes médicinales dont nous vous présentons certains spécimens. Il y a donc des plantes utilisées pour les blessures de type fracture, plaie (la sana-sana est par exemple utilisée comme antidote aux morsûres mortelles de couleuvres), d'autres plantes présentant des propriétés parfois très originales. Par exemple en Amazonie, pour inciter une femme à le suivre un homme peut se parfumer avec la plante Sigueme-sigueme, ce qui a apparemment un effet radical.

Le Jaguar n'aura pas rencontré l'aventurina, certes non, mais ce ne sont pas les milliers de traces rencontrées au bord d'une rivière qui auront manqué.  De plus nous avons pu recontrer un certain nombre d'espèces très intéressantes, des papillons, des oiseaux au sompteux chant matinal, des singes insaisissables dans la canopée ou encore des caïmans noirs facilement repérables la nuit dans les lagunes.

 L'Amazonie fut aussi un milieu aux conditions de vie difficiles pour nous, en raison de la chaleur et de l'humidité qui y règnent. On peut cependant avec l'habitude y tenir longtemps, très longtemps, en coupant un palmier, ou une paca (plante proche du bambou) pour se désaltérer. Ainsi, quand la chance est avec l'aventurina, un simple coup de machette permet d'obtenir une bonne dizaine de compartiments étanches tous remplis d'un liquide parfumé (voir photo). Un milieu de vie difficile nous disions donc, ceci aussi en raison d'une meute de bestioles qui font partie du quotidien. Il y a les prédateurs dangereux (jaguar, caïman noir, anacondas), les serpents venimeux et surtout ces insectes. Dès le deuxième jour, le nombre de piqûres de moustiques et surtout de ceux de petite taille (les moscos) s'avéraient plus efficaces à compter que les moutons pour s'endormir. Manu et Manu ont aussi expérimenté de coriaces acariens et même pour Manu la piqûre légère heureusement sans dommages de l'Izula, une fourmi dont la piqûres est pourtant réputée provoquer des fièvres carabinées et des hallucinations. Dans les statistiques de la section Amazonia figureront donc le nombre de claques que nous avons dû distribuer pour résister à tous ces insectes dont nous ne connaissons parfois même pas les noms...

Alors mec, elle est où?



Fourmis coupeuses de feuilles

Oeufs de grenouille

Trace de Capibara

Excréments de Jaguar

 



Publié à 18:49, le 17-jui-2007, dans 08 Amazonia,
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Machette trail, sur la piste du jaguar

Arrivés à Boca Manu tout n'était pourtant pas terminé, nous voulions voir la forêt de l'intérieur et il est vrai que la descente en radeau nous en avait laissé à l'apéritif. C'est dans un petit village d'une communauté d'indiens Piros que nous trouverons notre guide pour aller défricher un sentier à la machette dans la forêt tropicale sur les traces de divers mammifères mais surtout sur les traces du Jaguar, celui que l'on appelle ici "El Tigre".

Notre guide : Santos

Après plusieurs heures de marche dans la forêt, de pirogue, de traversées boueuses nous atteignons une quebrada où nous pouvons marcher les pieds au frais dans une rivière et suivre la trace que le jaguar a laissée dans le sable humide. Le camp sera dressé sur une plage, autour d'un feu ingénieusement allumé par Santos, à l'endroit même où passe la piste du jaguar. Malgré nos recherches à la frontale El Tigre, timide aujourd'hui, n'aura pas osé rencontrer l'Aventurina.

 

Marche à la fraîche dans la quebrada   /    Claire et imposante trace du jaguar

Jusqu'à présent Santos ne nous avait que vaguement parlé des indigènes non contactés : ces tribus vivant au coeur de la forêt de manière traditionnelle et n'ayant de leurs contacts avec la "civilisation" que de trop mauvais souvenirs pour épargner tous ceux qui rentrent sur leur territoire. Il nous avoue maintenant que la quebrada que nous suivons délimite le territoire de la communauté Piro d'une communauté d'indigènes non-contactés. C'est ici que lors d'une chasse ils avaient rencontrés un groupe de non-contactés et avaient réussi à s'enfuir en tirant au fusil en l'air pour les effrayer ; une autre fois, moins chanceux, deux de leurs hommes se sont fait prendre et emmener pieds et poings liés, ils ne sont jamais revenus. Nous comprenons maintenant pourquoi Santos ne s'éloigne jamais de son fusil et sommes rassurés à l'idée de retourner au coeur du territoire des Piros.

C'est ici que commence notre trek à la machette, il faut se créer un passage en coupant les lianes et les jeunes arbres pour retrouver le chemin de la communauté sans oublier de garder l'oeil ouvert pour repérer par exemple un groupe de singes noirs qui s'enfuit au dessus de nos têtes en faisant frissonner la canopée.

Un singe noir, peu visible depuis le sol

Quelque peu fatigués de notre trek, des moustiques et autres bebettes hématophages, de la chaleur inhabituelle à notre Aventurina nous irons finir le chapitre Amazonia en faisant du stop au bord de la rivière pour qu'une pirogue nous ramène vers la civilisation.



Publié à 17:22, le 5-jui-2007, dans 08 Amazonia,
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Descente de feu sur le Rio Madre de Dios

En cette fin d'après-midi, le radeau tout frais sorti du chantier est mis à l'épreuve sans attendre une seconde et notre esprit est immédiatement en proie au doute : notre balsa est-elle bien conçue pour relever les défis qui se présentent lors de cette descente de 120 km? Pas le temps de réfléchir ni de se retourner pour un dernier adieu à Ernesto notre architecte et aux villageois, le courant est fort et le premier virage est très serré. Il faut alors pagayer sans relâche pour aller plus vite que le courant tout en rétablissant sans cesse la direction pour ne pas aller s'écraser sur la rive ou sur un rocher. Notre radeau fait ses premières preuves. Un peu lourd à manoeuvrer, il est aussi très solide et sa proue fend les vagues sans broncher: le premier bivouac est ainsi atteint après 2 heures de descente très animée.

Ce radeau s'avèrera-t-il indestructible?

Mis en confiance par ce premier round, nous n'avions pas encore conscience des nombreux défis qui allaient encore se présenter. Dans notre tête, le plus dur avait été fait car le courant diminuait à présent de kilomètre en kilomètre. Cependant, il serait bien imprudent de vouloir se laisser filer. La rivière se sépare en nombreux bras et le choix de la trajectoire est important pour ne pas se retrouver dans un bras mort, la rivière est aussi au plus bas en cette saison sèche et s'échouer sur un lit de cailloux nous arrivera plus d'une fois. De plus, de nombreux troncs ou branches d'arbres (les palos) disposés dans le lit de la rivière et parfois visibles au dernier moment sont autant de récifs à éviter. La chaleur du jour est forte et après cette longue journée la fatigue commence à se faire sentir. Il n'en fallait pas plus pour produire les conditions de ce que nous appellerons un véritable naufrage.

Détermination et inquiétude dans le regard -oui Patrick- à l'approche du prochain défi

"Encore un palo, Manu regarde devant.
-D'après le courant, on devrait le prendre par la gauche non?
-Ouais, mais alors il va falloir pagayer, on est déjà pas très bien placés. Pagaie a gauche, je m'occupe de la direction. Aaallleeez!"

Ce palo sera mal négocié, faute d'une attention suffisante. Il est trop tard pour rétablir, le radeau s'écrase, avec sa vitesse monte sur le tronc d'arbre et se retourne. Manu perd sa pagaie et file à la nage la récupérer pendant que Manu s'accroche au radeau. Les affaires sont bien assurées mais pas le slip de Manu (en train de sécher) ni celui de Manu d'ailleurs qui s'en va alimenter les légendes du Rio Madre de Dios. Heureusement, il n'y a que peu de fond, le radeau solide au contact est entier et nous parvenons à le retourner en le bloquant contre un tronc d'arbre. Inutile de dire que même les sacs étanches n'ont pas résisté a cette immersion trop longue, toutes les affaires sont trempées et un bivouac d'urgence autour d'un feu s'impose. Nous identifions une plage propice alors que le plus terrible reste a venir. Dans un rapide mal négocié, le radeau est pris à l'extérieur, il est encore trop tard pour éviter une énorme branche prête à nous assommer. Manu se baisse, l'autre Manu est surpris et essaie d'éviter la branche en sautant. Touché au pied, il sera précipité à l'eau et s'accroche comme un diable au radeau pendant que Manu rétablit la direction avant qu'il ne soit à nouveau trop tard. Sonnés par ces évenements, la plage est atteinte tant bien que mal, le briquet renaît de ses cendres, le réchaud capricieux autorise le dîner et les affaires sont mises à sécher sous un énorme brasier. Bonne nuit.

Nous n'avions pas envisagé la possibilité d'une grosse averse en cette saison sèche. Le double toit de la tente avait donc été laissé au vestiaire pour ne garder qu'une moustiquaire. À mesure qu'une pluie tropicale commence à s'initier le doute s'installe. La sortie est inévitable afin de fuir la formation d'un nouvel affluent du Rio Madre de Dios à l'intérieur de la tente. Dans l'humidité et la fraicheur de ce nouveau naufrage, ce sera donc une nuit de souffrance passée à attendre sous un poncho et un tronc d'arbre, dévorés par les insectes.

La distance à parcourir jusqu'au village de Boca Manu est encore longue à mesure que nous croisons les villages de communautés indigènes-Machiguengas et Piros- et les pecke-pecke, ces petites barques au moteur rafistolé utilisées pour la pêche et tous types de transport. Nous ne parvenons cependant toujours pas à rencontrer les mammifères dont nous identifions clairement les traces fascinantes sur la plage : le jaguar ne criera pas pour nous cette nuit, pas encore...

Notre troisième et ultime bivouac, désormais au coeur du Manu

Cette descente palpitante devient à présent interminable. Plus au coeur de la forêt, il fait aussi beaucoup plus chaud et les moscos-moustiques de petite taille- deviennent insupportables. Comme dans un jeu video, les défis deviennent de plus en plus redoutables à la fin. Les palos sont densément disposés dans la rivière nous obligeant à des trajectoires biscornues et nécessitant une attention qui met nos nerfs à rude épreuve.  Le radeau s'écrasera á nouveau sur un tronc d'arbre provoquant alors des dommages matériels heureusement sans gravité. Le confluent avec les eaux sombres du Rio Manu est atteint et ce que nous appellerons le boss de la fin-une succession terrible de palos dans un rapide- est vaincu à grands coups de pagaie, nous ouvrant les portes de notre village-hôte, Boca Manu...  



Publié à 17:11, le 2-jui-2007, dans 08 Amazonia, boca manu
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A venir : voyage au coeur de l'Amazonie

Après plusieurs mois d'altitude, de froid, d'absence de végétation, de vent qui s'engouffre dans notre col et de petit déjeuners pris après avoir fait fondre la glace, nous avions besoin d'un grand bol d'air : nous avions besoin de chaleur et de pluie, nous avions besoin de végétation impénétrable et de chants d'oiseaux, nous avions besoin d'Amazonie. Il n'y a pas de chemins dans la forêt nous avait-on dit, qu'importe, il y a des rivières et nous savons pagayer.
Arrivés de nuit à Atalaya nous ne savons pas où dormir, où manger ni où construire notre radeau ; avec la rencontre d'Ernesto les choses allaient rapidement s'arranger. Dès le lendemain nous pourrons commencer la construction grâce aux conseils d'expert et à l'atelier conséquent de ce vieux loup de mer.
Une hâche dans une main de Manu, une machette dans l'autre nous partons en quête de bois de Topa, droit et léger, pour la construction de notre radeau. Premier contact avec l'activité physique dans ce début de forêt tropicale, souffrance et grosses gouttes de sueur à la clé. Nous mettrons une journée entière pour trouver, dégager à la machette, abattre à la hâche, débiter et transporter au bord de l'eau les 5 beaux spécimens qui nous ferons flotter sur le río alto Madre de Díos. La sensation est bonne en fin de journée, même si des courbatures inhabituelles se profilent nous sommes satisfaits d'avoir fait du sport pour construire quelque chose de nos mains.

Couper du bois, et suer un peu...

Dès le matin, la chaleur est difficilement compatible avec le travail mais nous parvenons tout de même à percer nos troncs en trois points et à enfoncer à grands coups de masse les barres de fer transversales qui assureront la résistance du navire. Encore un coup de main d'Ernesto pour serrer correctement les troncs et replier les barres de fer sur les bords après les avoir rougies au chalumeau. Nous taillons notre proue en pointe pour l'hydrodynamisme, clouons les sièges, coupons une caña brava en guise de perche ; voilà, La Balsa est prête à prendre son mouillage avant que nous ne levons l'ancre pour les eaux tumultueuses du río alto Madre de Díos...

...suer encore et percer des troncs.

Manu, Ernesto, Manu, La Balsa, une petite fille, un affluent du Madre de Dios, un avant goût d'Amazonie.



Publié à 17:01, le 25-jun-2007, dans 08 Amazonia,
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Premier prix du public au concours de blog 2007

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