Rapport d'expédition au paso San FranciscoNous avons retrouvé leur trace et c'est presque si l'absence de contact avec la civilisation lors des 8 derniers jours leur avait fait perdre la parole. Pourtant, ils ont accepté de se confier à nous et d'ouvrir quelques pages de leur carnet d'expédition, reconnaissant volontiers que c'est l'expédition la plus difficile qu'ils aient réalisée jusqu'à présent.
Joie de la victoire malgré l'épuisement total, comme ici au refuge du Paso San Francisco (4730m) Le 06 avril 2007 (45km, 362m+, 75m-) Après avoir terminé les formalités préliminaires de préparation d'expédition nous prenons la route vers une barre de montagnes impressionnante. Nous avons bien trouvé les feuilles de coca ainsi que la nourriture de base mais le guichet automatique de la banque étant hors service nous devons prendre la route sans le sou et espérer Fiambalá (1500m). Pour reposer des cuisses bien tendues de Sierra, l'étape du jour ne fera qu'une cinquantaine de km de faux-plat montant. Moment de stress en arrivant à destination, le distributeur de richesses est lui aussi fermé. Pas d'argent et pas de supermarché acceptant les CB à cette heure d'un jour férié, nous n'avons que la moitié de nos vivres d'expédition... Pour gérer notre argent raisonnablement nous marchandons un aller simple pour les thermes de Fiambalá, l'entrée payée, il nous reste 2 pesos en poche et aucun moyen clair de retour à la ville. Les eaux sortant de la roche à 50 degrés nous procurent une sensation de repos qui sera sûrement un atout pour les jours à venir. Le 07/04 (60km, 1407m+, 108m-) Alors que nous devions partir à 7h00 pour éviter le vent terrible dans l'ascension des premiers 20 km, le réveil sonne à 9h. Par chance le seul commerce de la ville qui accepte les CB est ouvert et nous avons enfin le plaisir de charger nos montures de quelques kg de pâtes, boîtes de sardines, biscuits et boissons énergétiques. Grâce à une gestion parfaite de notre temps et après un autre dernier-repas à la gargote du coin nous partons en pleine chaleur à l'heure idéale de 14h. Une ascension lente mais rythmée nous permet d'atteindre l'altitude de notre contrat (2800m) à 18h30 pour entamer la première nuit à la belle étoile entre trois murs des vestiges d'un refuge délabré. Jusqu'ici, tout va bien. Le 08/04 (80km, 879m+, 150m-) Départ matinal et bonnes sensations tant que le vent n'est pas là. Après 40km nous arrêtons les bêtes pour les abreuver d'une eau claire et pourtant pleine d'arsenic ; nous tentons une dernière fois de taquiner les truites qui décidément n'aiment pas nos cuillers. Chargés de nos 10 litres d'eau nous avançons dans les douleurs des premiers symptômes de l'altitude sous le regard étonné des vigognes qui ont vraiment la caisse. Manu en défaillance forcera l'équipe à un arrêt précoce dans un refuge à 3600m d'altitude, froide nuit de migraine.
Les premiers effets de l'altitude, sous cette lumière écrasante Le 09/04 (45km, 550m+, 200m-) Les vigognes avaient un duvet -15 degrés, Manu n'en avait pas, le départ dans le froid matinal sera violent. Roulant lentement, les kilomètres défilent et l'altitude augmente dangereusement jusqu'à atteindre la barre mythique des 4000m, coup de barre, justement, pour finir les 10 derniers km contre un vent insupportable qui vient de se lever. Nous arrivons au refuge payant de Las Grutas ; avec 2 pesos en poche, seule l'hospitalité de Ricardo Guillermo Gomez et son acolyte Oscar nous sauvera d'une nuit atroce passée dehors par -15 degrés. Nous calmerons notre migraine en buvant du maté tout en écoutant un vieux rock des Creedence.
Un dernier hommage à ces Argentins fantastiques en présence de Ricardo "El Indio" au poste frontière de La Gruta (4000m) Le 10/04 (21km, 792m+, 116m-) C'est la date butoir, nous nous étions promis de passer le col avant le 10. À 7h avec beaucoup de bonne volonté nous tentons un premier assaut. Par un tout petit -10 degrés et contre un vent vraiment fou les deux Manus se feront remballer après seulement 700m de lutte. Retour à l'atelier couture et prise du maté avec notre ami Ricardo.
Temps inquiétant aux abords du col sur le versant argentin Le vent a très légèrement diminué, il faut essayer de grimper. Les premières minutes du deuxième assaut seront très difficiles, les suivantes seront pires. Contre un vent insupportable, nous tentons d'avaler les rares molécules d'oxygène ; petit à petit, entre les indispensables pauses pour reprendre notre souffle, l'altimètre nous accorde un petit supplément. Pédaler, appuyer, respirer, regarder le paysage ? Voilà, l'ascension fût longue (20 km) mais le col est en vue, quelques secondes pour profiter de la victoire et le froid nous emmène tout droit dans nos duvets où un petit appétit nous laissera seulement avaler un thé de coca avant une nuit, quelque part, là haut.
Arrivée tardive dans les dernières pentes du Paso San Francisco
Par -15 °C la nuit, il valait mieux se renseigner sur la localisation des refuges comme ici au passage du col-frontière (4730m) L'épisode de la Sierra Argentina se termine dans un sommeil léger, demain sera un autre jour, une autre épreuve attend les valeureux aventuriers qui ont décidé de frotter leurs pneus aux pistes du désert d'Atacama ... Ajouter un commentaire { Page précédente } { Page 34 sur 62 } { Page suivante } |
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