Le sommet de l'Aventurina23h ; après une courte nuit de repos, le réveil sonne. Malgré la fatigue et la difficulté de quitter le duvet, le préparatifs sont rapides et après un léger repas et une sur-hydratation de thé, nous sommes prêts. Sur le pas de la porte du refuge, la nuit parait calme, il ne fait pas froid et la lumière de la lune nous invite à attaquer le Chimborazo dans des conditions optimales.
Comme prévu à la reconnaissance, nous montons facilement la première moraine. Ici commence le glacier ; un passage technique : "el corridor" entre les cascades de glace, une ascension sur un terrain mixte de roche et de glace puis la crête jusqu'au sommet. Nous nous encordons à 8m, et attaquons la glace piolet en main et crampons solidement fixés sous les pieds. La fraîcheur de l'air commence à se faire sentir discrètement. Quelques points posés pour les passages délicats, une intensification de l'effort pour passer la zone instable de roches et de glace et nous arrivons soulagés sur la crête. Après seulement deux heures trente d'effort, cela s'annoncerait presque plus facile que prévu.
Cascade de glace dominant "el corridor"
Pourtant le chemin est encore long. La pente nous demande un effort soutenu et le froid commence tout juste à nous prévenir par cette douce bise qui balaie la crête. Après 5h30 d'effort, l'abrutissement est notre seul compagnon pendant la marche. Notre champ de vision n'est plus limité par la portée de notre lampe frontale mais par le service minimum qui demande seulement de regarder où va se poser notre pied au prochain pas. Il y a juste cette corde qui court et ce mot qui revient en tête "il faut garder la corde tendue... corde tendue, mec !". Même l'effort permanent ne suffit plus pour se réchauffer, la fin de nuit et l'altitude croissante attaquent nos doigts, nos pieds, notre visage et cette partie du dos mal couverte par la veste polaire. Il faut agiter en permanence les orteils pour faire revenir la sensibilité, surtout ne pas s'arrêter ou bien en sautant sur place et en faisant travailler les chevilles et les poignets. Nous rattrapons une première cordée partie avant nous et passons lentement devant un visage crispé. Encore et toujours le même rythme, le froid que l'on sent et le silence que l'on n'entend plus. Une autre cordée en vue, un homme s'écroule, les genoux dans la neige. Le temps n'existe plus, il n'y a plus que le rythme des pas. Vers 6h les premières lueurs nous font apercevoir la "cumbre Veintimilla", le sommet Sud du volcan ; enfin l'espoir d'arriver au but mais surtout d'un peu de chaleur avec le soleil levant.
Premier rayon de chaleur
Peut-on s'arrêter au sommet Sud, si proches du but ? La "cumbre Whymper" est en vue et nous nous sentons presque pousser des ailes ; encore quelques grammes de souffrance et le soleil perce les nuages à l'instant même où saute le bouchon de cette bouteille de 'presque-champagne' que nous avons durement apporté jusqu'au sommet de l'Aventurina.
Malgré une menace de perte d'orteils, les difficultés respiratoires des 6000m et ces pierres qui roulent un peu près de notre mousse capillaire, nous sommes arrivés heureux au sommet, et si 80% des accidents arrivent à la redescente, nous étions trop remontés pour finir ici.
Manu, Manu, Quentin, le Chimborazo (6310m dit-on)
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